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ÉTIENNE TAMARII

Sculpteur sur bois, Nuku-Hiva, Iles Marquises​​

​Né à Taiohae, sur l'île de Nuku Hiva, Étienne a grandi dans la vallée de Hakaui, un endroit reculé où la nature est reine et les traditions bien vivantes. C'est là que tout a commencé pour lui : apprendre à observer, à créer de ses mains et à transmettre sans parler. Son histoire, il faut la lire dans ses mains, dans son silence penché sur un morceau de bois, un silence qu'il rompt parfois en chantonnant sans même s'en rendre compte. Il faut la lire aussi dans cette façon qu'il a de toujours dire « oui » à une commande, quitte à ne pas dormir pour tenir ses engagements.

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Une transmission silencieuse​

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Étienne a appris à sculpter auprès de ses frères et des anciens. Enfants, avec ses frères, ils marchaient jusque chez les sculpteurs. À l'époque, il n'y avait pas d'école comme on la connaît aujourd'hui. Il y avait seulement celle des anciens, une école sans cahier ni crayon, qui demandait simplement de poser un regard sur ceux qui savaient déjà. Une fois rentrés à la maison, chacun essayait de reproduire le motif retenu. C'était un jeu entre eux, et avec le temps ce jeu est devenu une passion, puis un métier.

 

Étienne est le dernier d'une fratrie de dix enfants, et le dernier frère encore en vie. Un à un, ses frères sont partis. À chaque fois, Étienne a continué de sculpter, comme si ce geste répété le maintenait relié à eux. Quelques années plus tard, la maladie est venue s'ajouter à l'épreuve. Et c'est encore le bois entre ses mains qui l'a aidé à se relever et à tenir debout. Il ne le formulerait sans doute jamais en ces termes, mais ceux qui l'ont accompagné pendant cette période le pensent, avec le recul.

 

Une femme à ses côtés

 

Il y a une femme, à ses côtés, sans qui rien de tout cela n'aurait été possible. Professeure puis directrice d'école, elle n'a jamais reproché à Étienne de vivre entièrement de sa passion. Au contraire, elle a choisi de croire en ce qu'il faisait, sans condition. C'est peut-être grâce à elle, plus qu'à toute autre chose, qu'Étienne n'a jamais eu à choisir entre la vérité de son geste et la nécessité de faire vivre sa famille. Aujourd'hui à la retraite, elle continue de veiller sur cette histoire à sa manière.

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Quatre enfants, une même racine

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Étienne a quatre enfants : 2 garçons et 2 filles. Sa plus grande peur a longtemps été qu'un étranger vienne un jour apprendre à ses enfants à sculpter le bois. Alors il a commencé par leur transmettre ce savoir lui-même. Même si chacun a trouvé sa voie, la sculpture est aujourd'hui quelque chose qui les rassemble. C'est un héritage qu'ils sont fiers de porter et de partager. Ce sont eux qui ont vu dans le travail de leur père quelque chose qu'il n'a jamais cherché à voir lui-même : de l'art.

 

Ses fils sont tous les deux de très bons sculpteurs. L'un s'est surtout tourné vers le tatouage. L'autre a pleinement repris la sculpture, qu'il pratique en parallèle de son métier de professeur. C'est lui qui a apporté à son père une pédagogie qu'Étienne n'avait jamais eu besoin d'avoir avec ses frères. Il explique et pose un cadre avant de laisser faire. 

 

Ses filles ont chacune leur manière de prolonger ce qu'il transmet. L'aînée a longtemps été danseuse. C'est sur scène qu'elle a appris à composer avec ses mains. dernière fille, elle, aide son père dès qu'elle est à ses côtés pendant les cours. Et c'est elle qui, aujourd'hui, pose des mots sur leur histoire.

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Le même bois, jamais la même histoire​

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Ce qu'Étienne préfère sculpter, ce sont les tiki. Chaque pièce pourrait ressembler à la précédente, mais elle ne l'est jamais, car le bois change et l'histoire qu'il raconte change avec lui. Ce qui rend son travail reconnaissable, c'est un ensemble : la manière dont il pose ses motifs, le choix même de ces motifs, une façon bien à lui de composer. Mais s'il fallait un seul détail, ce serait les yeux du tiki. C'est sa manière de les sculpter qui frappe le plus, celle qu'on reconnaît entre mille dès qu'on la connaît un peu.

 

 

La simplicité comme choix

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Étienne n'a jamais cherché la reconnaissance. Il a simplement choisi, toute sa vie, la simplicité, celle des gens qui savent que l'essentiel ne se trouve pas dans ce qu'on montre, mais dans ce qu'on fait, patiemment, avec sincérité. Ce qu'il aime par-dessus tout, c'est partager ce qu'il a appris, pour que rien ne se perde. Longtemps, il a transmis surtout par le geste, en silence, mais aujourd'hui il a appris à mettre des mots dessus. Il donne même des cours en anglais, pas toujours très détaillés, mais il s'en sort, et ça suffit pour que le lien se fasse.

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Ce qu'il a reçu de ses frères, il continue de le donner à son tour, à ses enfants d'abord, et depuis quelques années, à tous ceux qui, de passage aux Marquises, repartent avec un peu de lui. Alors, si vous aussi vous voulez apprendre ce geste, les portes de l'atelier d'Étienne vous sont ouvertes.

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